Demander de l’aide

Lorsque l’on ne peut pas se débrouiller seul, il faut bien se résoudre à demander de l’aide… et ce n’est pas anodin !

Chaque situation est particulière. Vous pouvez vous retrouver dépendant pour tous les actes de la vie quotidienne, ou seulement pour quelques-uns.

Certaines aides dont vous avez besoin concernent peut-être des parties intimes, voire très intimes de votre corps ou de votre vie. La portée des aides demandées peut aller du petit coup de main pour une activité jusqu’à des actes dont dépendent entièrement votre confort ou votre santé.

L’aide, c’est une relation. Il y a la personne qui demande et la personne à qui la demande est adressée. Demander de l’aide, c’est d’une certaine manière se montrer vulnérable. Certaines personnes parviennent à vivre l’aide comme un échange : « tu me fais du bien, et ça te fait du bien de me faire du bien ». Mais pour beaucoup d’autres, c’est loin d’être le cas, et il peut être parfois très pénible, très culpabilisant de se sentir une charge pour les autres.

Demander, c’est aussi prendre des risques. Le risque d’être mal compris (« il se plaint à nouveau »). Le risque d’être confronté à un refus. Et encore le risque de constater que l’autre accepte, mais … un peu à reculons. Il peut être extrêmement difficile de passer de « j’ai besoin d’aide parce qu’il le faut bien » à «on m’aide parce que je le vaux bien » ! C’est-à-dire de changer son regard sur sa situation, et, en quelque sorte de se permettre… de vivre !

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Anne, atteinte d’une déficience visuelle
« Auparavant, j’appréciais des activités comme le théâtre ou le cinéma. J’en ai maintenant perdu l’envie en raison des difficultés pour m’y rendre ou pour trouver quelqu’un pour m’y accompagner. Cela me demande trop d’énergie. »
Propos recueillis par la Ligue Braille

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Paul, « détraqué moteur » (selon ses propres termes)
«Comment accepter qu’on prenne soin de mon corps, comme un petit, alors que les stigmates de l’adolescence me chavirent. Je cherche à éviter ces moments de dépendance en laissant ma pensée errer. Je me surprends à imaginer que je suis une âme sans corps. Ce corps difforme et récalcitrant que j’exsude. Je gravis les dernières marches de l’enfance et j’en sors meurtri. Pour moi il faut séparer les soins du corps et les rapports d’esprit dans nos relations de trio (NDLR : Paul et ses parents). Je n’imagine pas que vous soyez toujours mes exécuteurs de soins. Je voudrais être l’objet de vos attentions uniquement spirituelles et intellectuelles. Je ne suis plus votre nouveau-né pour donner les soins du corps. Plus du tout Mum, non plus du tout ! (…) C’est une intimité volée. Je me sens mal en grandissant. Mum, je te porte aux nues mais je suis gêné d’être changé par toi. C’est ma honte d’être ainsi. »
« Journal de bord d’un détraqué moteur », Paul Melki, Livre de Poche , 2004, p. 61

99 C
Catherine, atteinte d’une déficience auditive
« J’ai eu souvent ce sentiment que l’évocation de ce que je vivais était reçue comme une plainte. Et c’est une réelle souffrance pour moi : une valeur ajoutée à la parole, qui, progressivement m’interroge sur la limite de pouvoir prendre le risque de partager, en vérité, des événements difficiles et récurrents. Le souci de pouvoir ne pas être trop lourde pour les autres est devenu constant. L’exigence de ne pas « en rajouter » est devenue fondamentale. »
MAURY Catherine, Et je t’offrirai les fleurs de mon silence, Itinéraires, St Orens de

108 C
Témoin anonyme
« Au cours de mon adolescence et jusqu’à un âge avancé, le recours à l’aide d’autrui me rendait agressif. Je projetais sur autrui l’intolérance que je portais non à moi-même, mais à mon infirmité »
Pas de référence