Quand les émotions se bousculent

Autour de l’annonce d’un diagnostic de déficience, il y a certainement autant de vécus émotionnels qu’il y a d’individus. On évoque bien souvent la colère, la tristesse, la révolte, la peur, la culpabilité et chacune de ces émotions peut aussi prendre des formes et des intensités très variées.

On évoque moins souvent le soulagement.

C’est peut-être paradoxal mais le fait d’avoir enfin un diagnostic permet de comprendre.
Souvent, suite à un choc émotionnel, les personnes sont particulièrement sensibles. Elles ne se comprennent pas bien elles-mêmes et sont parfois prises au dépourvu par l’irruption soudaine d’émotions qu’elles ne connaissaient pas ou qu’elles ne s’attendaient pas à ressentir. Les émotions peuvent aussi parfois être contradictoires. Il n’y a pas lieu de se demander si ce que l’on ressent est normal ou pas. Il y a juste à constater sans jugement.

On sortira peu à peu de la douleur et de l’inconfort émotionnel en apprenant à reconnaître et à accepter ses propres émotions. Le dialogue avec des proches, avec d’autres personnes confrontées à une déficience, ou avec des professionnels peut être d’une grande aide.

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Personne atteinte d’une déficience motrice
« J’avais huit ans et j’ai entendu ma mère pleurer avec mon grand-père au téléphone, elle lui racontait notre visite à l’hôpital, que le docteur lui avait dit que je ne marcherais plus dans quelque temps et qu’il faudrait envisager le fauteuil roulant… Pour moi, ce qui était terrible à ce moment-là, ce n’était pas de ne plus marcher bientôt, mais de voir ma mère pleurer, qu’elle pleure à cause de moi ! Lorsque ma mère est venue me coucher le soir, je lui ai demandé pourquoi elle avait les yeux rouges. Elle m’a dit : J’ai une allergie… et ça va durer longtemps ! »
La peine de naître ? Témoignage , Jehanne Collard et Eva Paul, Flammarion 2008, p. 54

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Témoin anonyme
« Pendant deux ans, je me sentais prisonnière de ma souffrance. J’ai joué un personnage. Je souriais à l’extérieur mais à l’intérieur de moi je pleurais. Puis un jour je me suis surprise à avoir un ‘vrai’ sourire. Je suis passée par une phase d’agressivité. Je n’en avais pas conscience mais je crois qu’elle était un passage obligé. »
Oser être femme, Delphine Siegrist p.10 et 124